Papa, j’ai peur.
Myriam Bernstein se pressait contre la poitrine creuse de son père, terrorisée, le visage barbouillé de larmes. L’homme encerclait ses épaules de son bras pour la protéger, tout en disant d’une voix mal assurée :
Ce n’est rien, ce n’est rien. Nous partons.
Rien, dans le comportement de la foule, n’autorisait semblable optimisme.
Des gens se pressaient tout autour du taxi, tapaient sur le capot et le toit. A l’intérieur du véhicule, les passagers avaient remonté les glaces, verrouillé les portières. Le chauffeur jurait entre ses dents, faisait de grands gestes des mains pour que les badauds s’éloignent un peu. N’y tenant plus, il finit par abaisser sa vitre de quelques pouces pour demander au premier venu :
Qu’est-ce qui se passe ?
Un homme vêtu d’un uniforme brun, un brassard rouge orné d’une croix gammée sur le bras droit, s’arrêta pour répondre :
Une opération de nettoyage. Il reste encore des juifs dans la ville !
-… Mais je dois passer je dois conduire ces personnes au port.
Alors il faudra prendre un autre chemin.
Le chauffeur regarda dans son rétroviseur. Des gens marchaient au milieu de la chaussée, quelques véhicules immobilisés empêchaient absolument de faire demi-tour, ou de reculer
Vous pouvez me dégager le chemin ? demanda encore le conducteur.
Le membre des chemises brunes ne se donna même pas la peine de répondre, tout à son plaisir d’aller casser du Juif.

 

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ÉTÉ DE 1939 AVANT L’ORAGE

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